Je venais d’élaborer un premier nom de site, quand ma fille m’envoya cette photo sur Whatsapp. Elle a été prise le 20 juin 2020 à 20h46 à Strasbourg. Quand elle appuya sur le bouton, elle se trouvait parfaitement alignée entre le soleil rasant, plein ouest, mais encore haut à cette époque de l’année, et la multitude de gouttelettes en suspension dans l’air, plein est. De plus, la vue est prise de la position élevée de son appartement au onzième étage. Et donne ainsi une dimension monumentale à cet objet virtuel!
Une photométéore
L’image est garantie sans trucage si ce n’est une légère rotation pour corriger l’horizon. D’abord, on voit cette bulle lumineuse dans la zone de diffraction interne concentrant les rayons encore ardents. Ce n’est qu’après qu’on observe le pourtour. Le dégradé chromatique est bien là, du rouge au violet, même si avec la distance on éprouve des difficultés à bien en identifier la liste définie par Isaac Newton pour obtenir sept teintes, le même nombre que les notes de musique. Je ne me souvenais pas avoir vu un arc-en-ciel complet ! On découvre même des morceaux d’un arc secondaire, à l’extérieur et concentrique au premier. Mais l’observateur attentif aura remarqué que les couleurs sont inversées, comme si on regardait l’arc primaire dans un miroir. Et c’est tout à fait cela. Ils sont issus d’une deuxième réflexion dans l’ambiance humide qui règne à cet endroit. Une personne encore plus avertie aurait certainement décelé des arcs surnuméraires en détournant le regard un peu plus vers l’astre solaire vu la qualité de cette photométéore : preuve photographique qui n’a eu lieu qu’en 2011. Ce n’est pas si vieux! Mais le regard a dû être happé comme magnétisé vers l’ensemble brillant.
Avec un peu plus de connaissance on pourrait avoir remarqué aussi que ces deux arcs sont séparés par une zone de diffraction externe, plus sombre cette fois, siège de beaucoup moins de réfractions. C’est la bande d’Alexandre, éponyme du grec Alexandre d’Aphrodise vivant au temps de l’empire romain et qui en aurait fait le premier la description. Ce n’est pas si récent!
Un effet encore jamais relaté
Les anciens, impressionnés par un tel spectacle inexplicable à leurs yeux, cherchaient certainement à y trouver des raisons. En leurs absences ils devaient gober n’importe quelles supercheries. Ce n’est pas pour rien si Jésus Christ est souvent représenté avec une intense lumière, et que les religieuses, à force d’avoir les yeux rivés sur leur bouquin de prières, y projetaient ces images imprimées sur leurs rétines, leurs révélant des apparitions divines. D’autres croyaient que le pied de l’arc indiquait le lieu d’un trésor. Mais dans leurs tentatives de l’atteindre, ils voyaient disparaitre le mirage.
Sur le petit écran du smartphone, j’avais le sentiment d’être témoin d’un nouvel effet encore jamais relaté : un demi-cercle brillant prenait place au centre comme si l’onde optique y entrait en résonnance. Cela ressemblait à l’entrée d’une caverne aux merveilles où Aladdin allait délivrer le génie ou à celle d’Ali Baba. Mais la prise de vue ici a l’avantage de pouvoir perdurer. En y regardant à deux fois on y voit plutôt un ouvrage d’art qui, après enquête, s’avère être l’arc décoratif surplombant la passerelle de la citadelle au-dessus du canal Vauban. Mais la première impression resta persistante. C’était un signe !
Des livres enrichis
Le projet numéro un qui allait être hébergé ici était de moderniser un manuscrit familial et illustré, en lui ajoutant des fichiers multimédia : des photos, des contenus audio et vidéo, des animations, de l’interactivité, voire même des jeux si l’imagination et la technicité étaient au rendez-vous. C’est ce qu’on appelle un livre enrichi. L’auteur disparu il y a plus de cinquante ans serait flatté ou amusé de l’intérêt que nous portons à son cahier écrit Il y a presque cent ans. On ne demande pas de le conserver vingt mille ans comme les homo sapiens ont réussi à nous transmettre le témoignage de leur passage dans la grotte de Lascaux. Mais il a déjà réussi à nous le communiquer au-delà de son existence. J’en serais ravi de le prolonger au-delà de la mienne.
Ma Caverne Multimédia est née!
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.
Les Conquérants – José-Maria de HEREDIA